Une observation exceptionnelle à la croule en Savoie

Ce mercredi 20 avril 2022, je décide après ma journée de travail à l’armurerie ” Le Goupil” à Doussard d’effectuer une petite balade en montagne sur les hauteurs de la commune d’Ugine en Savoie, a la recherche hasardeuse d’un bois de cerf ou éventuellement avec l’espoir d’entendre le sifflement d’une discrète gélinotte.

A 20h30, je n’ai pas trouvé de bois de cerf ni entendu le moindre rappel de gelinotte, mais néanmoins je décide d’attendre jusqu’à la nuit pour une éventuelle observation.

Je reste donc là posté sans bouger quand ma patience est récompensée dix minutes plus tard par des craquements qui me signalent qu’un animal s’approche. C’est un gros sanglier qui descend du sommet de la montagne et qui passe à 15 mètres devant moi sans ne me voir ni me sentir, je le filme et au même moment mon oreille est attirée par le chant caractéristique d’une bécasse qui croule !

Je suis surpris, mais ravi d’assister si tôt dans la saison à 1250m d’altitude à ce spectacle des mâles qui recherchent les femelles posées au sol à l’époque de l’accouplement.  Après 4 contacts rapides et actifs à la hauteur des sapins, deux mâles chanteurs qui se sont rapprochés du sol et que j’entrevois au dernier moment, passent tout près de moi. Il est 20h53 et c’est le dernier passage de la soirée.

Très excité après cette sortie fructueuse, je décide le lendemain, de remonter en fin de journée sur les lieux et je cherche aux alentours un endroit plus dégagé que la veille, afin d’avoir un meilleur champ de vision. Une petite clairière à plat dans une vielle coupe avec des repousses de boulots et de framboisiers me parait le lieu idéal et je me poste à la lisière.

” Tssssiiiiii, tssitsitsi, tsssiii ”

Enfin ! Une gélinotte rappelle sa congénère à 20 mètre de moi, sans que je ne l’aperçoive, car elle est bien cachée au creux des ramures d’un gros sapin. J’essaye de lui répondre pour la faire venir…oups fausse note !

Consciente de la supercherie elle prend peur et s’envole bruyamment loin de mon regard

20h50 voilà une bécasse qui arrive seule en croulant, elle passe deux fois sur ma tête et la troisième fois elle se pose à la cime du sapin, ou 1/4h plus tôt se trouvait cachée la gélinotte.

Incroyable ! Je n’en reviens pas ! Une bécasse vient de se poser à la cime d’un sapin (comme le font les grives draine le soir avant d’aller se coucher) et se tient perché sans difficulté sur cette ultime branche étroite et verticale à l’aide de ses pattes qui ne sont pas préhensiles !

Je n’avais jamais entendu parler de ce phénomène ! Peux être n’est-il pas rare ?

Ce mâle restera branché sans aucune difficulté jusqu’à à la nuit sans émettre un seul cri, il ouvrira parfois les ailes pour rétablir l’équilibre quand le vent agitera légèrement le sapin mais et il me laissera le temps de me délecter de sa présence et réaliser des vidéos à l’aide de mon portable pour immortaliser ce moment exceptionnel et surtout pour témoigner de cette observation quand je la raconterai.

Il fait vraiment sombre maintenant, Je ne l’aperçois plus, quand un claquement d’ailes m’indique que l’oiseau a enfin quitté son perchoir et qu’il est temps pour moi de rentrer à la maison à la lueur de ma lampe frontale !

Affaire à suivre donc car j’ai bien l’intention de revenir plusieurs fois au printemps en ces lieux avec l’espoir de revoir ce mâle au comportement si étrange !!!

Tom Goussain

 

Dans leur livre “La Bécasse des bois” paru en 1995, Yves Ferrand et François Gossmann relatent qu’il arrive que le mâle se pose pendant la croule. Au cours de leurs nombreuses missions scientifiques du réseau bécasse ONCFS en Russie Ils ont pu observer plusieurs fois (2- 3 fois), la bécasse mâle se posant sur un poteau électrique en bois et semblant observer pendant quelques minutes. Un dessin illustre d’ailleurs ce phénomène, mais cette fois-ci une vidéo réalisée par un bécassier passionné l’atteste !